Inspirer du sens

face-640424_640« Au lieu de nous demander si la vie a un sens, il fallait s’imaginer que c’était à nous de donner un sens à la vie à chaque jour, et à chaque heure. » Victor Frankl

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de sens. Vincent Lenhardt, le psychothérapeute qui a introduit le coaching en France, en a fait la pierre angulaire dans son livre sur l’accompagnement des responsables dans l’entreprise, mais nous pouvons l’étendre à toutes les organisations et, j’en suis convaincu, c’est un élément qui, appliqué à notre vie personnelle et professionnelle, est très puissant pour surmonter les épreuves difficiles.

Un livre passionnant que je recommande, « le défi positif « de Thierry Janssen, chirurgien et psychothérapeute, m’a récemment introduit à la psychologie positive, dont les fondements remontent à la dernière guerre. La psychologie positive est extraordinaire car, pour faire simple, elle propose d’étudier les ressorts du bonheur et du « fonctionnement optimal » de l’individu là ou la psychologie traditionnelle s’attache à chercher la pathologie et le dysfonctionnement, en gros ce qui ne va pas, mais j’en parlerai certainement une autre fois. Janssen explique dans son livre que Victor Frankl, psychiatre et déporté dans les camps pendant la guerre, s’est rendu compte que ce n’étaient pas les plus forts qui y survivaient le plus longtemps, c’étaient ceux qui donnaient du sens à l’épreuve qu’ils vivaient. Frankl se l’appliqua à lui-même dans les camps et écrivit son expérience, même après qu’il eut perdu ses notes il continua à écrire sur des morceaux de tissu. Il apprit à sa libération qu’il avait perdu parents, épouse, enfants, et se lança dans la rédaction d’un livre « Donner du sens à sa vie » et dans la conception d’une thérapie fondée sur son expérience.

Le sens a un double sens…la direction et la signification, pour quoi faire. Comment mon acte résonne-t-il dans ma conscience projetée dans l’avenir ? Nous venons de le voir avec le témoignage de Frankl, chercher du sens et y répondre est donc de l’ordre du vital pour l’être humain. Pourquoi ? Janssen répond assez simplement que parce que nous savons que nous allons mourir, nous connaissons la peur du lendemain, et dès lors, nous avons besoin de nous représenter le monde d’une manière structurée et prévisible. Sans cela, nous serions confrontés à un chaos absurde qui nous serait intolérable et finalement destructeur.

Le sens est force de vie

Nous savons donc maintenant que le sens est une grande motivation de survie et de vie. Celui-ci peut revêtir beaucoup de formes. Janssen raconte comment l’une de ses patientes atteinte d’un cancer incurable dont on avait enlevé vessie, utérus, vagin et anus, et qui était condamnée à porter en permanence des poches pour évacuer ses urines, déclarait qu’elle était globalement heureuse car elle voulait encore transmettre à ses enfants et continuer à partager avec ses amis. Elle attachait un sens fort à ses malheurs, et c’est celui-ci qui lui permettait de surmonter la douleur physique et psychologique, sans ce sens elle se serait effondrée et serait probablement tombée en dépression.

Appliquer du sens à nos actions

Ce besoin vital de sens peut s’appliquer à toutes les situations de la vie et peut devenir une philosophie de vie. Appliquée aux organisations, elle est une grande force de motivation collective, appliquée individuellement elle est un puissant remède contre la déprime ou la contre la maladie.

Alors concrètement, que tirer de tout cela? Je vais donner quelques exemples, à plusieurs niveaux.
Dans les entreprises, par exemple il s’agit tout d’abord à tous les niveaux de responsabilité de communiquer sur le pourquoi du travail ensemble, et même sur-communiquer comme on dit en coaching. Les entreprises, et toutes les organisations, doivent comprendre qu’il ne peut y avoir de sens par la coercition. On ne peut pas imaginer que les gens trouveront un sens dans leur travail s’ils ne sont pas invités à participer à la grande œuvre commune. Assurons-nous qu’aucune décision ne semble plus absurde, c’est à dire dénuée de sens. Pour ce faire, donnons une voix à chaque partie prenante à l’entreprise : créer par exemple un comité de pilotage constitué à part égales des représentants des actionnaires et des représentants des employés est une évidence, comme en Allemagne. Les entreprises allemandes comptent parmi les plus exportatrices et les plus agiles au monde, et les grèves y sont bien moindres qu’en France.

Au niveau de la vie publique, il nous faut des responsables qui proposent de co-créer, cela passe d’abord par une désacralisation des représentants de l’état et en premier lieu du chef de l’état. Les institutions doivent protéger, pas isoler. Cela passe aussi par une réaffimation explicite de ce vers quoi notre communité veut tendre, évitons la continuité insipide et invisible. Il faut également que tous soient représentés, et puissent prendre part à la vie publique, car sans participation, pas de sens commun. Sans ce sens commun, les hommes et femmes ne s’investissent pas, pire ils peuvent vouloir saboter le projet commun. Cela passe par exemple par le droit de vote aux étrangers qui sont en France depuis longtemps, qui y travaillent et y payent leurs impôts, et cela passe aussi par la mise en place de la proportionnelle afin que tous soient représentés à l’Assemblée.

A notre niveau personnel, le sens peut être spirituel ou existentiel par exemple. Trouvons du sens dans les expériences positives et, c’est un challenge, également dans celles que nous jugeons négatives. Churchill disait que le pessimiste voit dans chaque opportunité une difficulté, l’optimiste une opportunité dans chaque difficulté, laissons donc parler l’optimiste ! Trouver du sens à sa maladie et à ses épreuves permet de les surmonter plus facilement voire d’instiller une énergie créatrice qui permet l’émergence de l’inattendu. Cette femme atteinte d’un cancer incurable s’est retrouvée à renforcer ses liens familiaux et d’amitié, mais d’autres pourraient se lancer dans l’écriture ou bien remettre en question leur système de pensée et créer un nouveau lien avec les autres.

Certains penseront que parler du sens et donner du sens, c’est tout simplement du bon sens. Et pourtant, nous oublions le sens tous les jours, à chaque instant, occupés que nous sommes à nous protéger et à renforcer notre carapace contre un monde que nous percevons comme hostile. Occupés que nous sommes à survivre. Paradoxalement, alors que donner du sens est vital, nous ne lui accordons que peu d’importance…dans le seul but de survivre. Alors arrêtons-nous un instant, et faisons sens de nos épreuves et de nos actions. Frankl citait souvent Nietzche: « celui qui a un pourquoi qui lui tient lieu de but, de finalité, peut vivre avec n’importe quel comment ».

Pour en savoir plus :
Victor Frankl « Découvrir un sens à sa vie » (1946)
Thierry Janssen « Le défi positif » (2011)
Vincent Lenhardt « les responsables porteurs de sens » (1992)

Histoires de stress !

Si vous regardez attentivement, si vous écoutez autour de vous, en particulier dans ces temps mouvementés, au milieu de cette crise dont on nous rabat les oreilles, vous remarquerez très certainement que le mot stress revient souvent. « Je suis stressé », « elle est stressée », « le stress dans l’entreprise », « le stress à l’école », « le stress sur les réseaux sociaux » etc. Nous l’utilisons fréquemment, certainement à tort et à travers.

Nous sommes venus à en faire un signe de reconnaissance social, chacun y va de son stress perso…à la maison, au boulot, à la piscine, au supermarché… et ce stress auquel tant parmi nous s’identifient, paradoxalement nous cherchons à l’éradiquer coûte que coûte :par du yoga, du qi gong, de la méditation, du développement personnel, du sport, ou à coups de coaching ou de thérapies, longues ou brèves. Car ce qu’on n’aime pas, ce qui est désagréable, notre époque nous propose de le soigner, vite et bien, en rendant visite à nos nombreux médecins du corps ou de l’âme :

– Bonjour Docteur, qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?
– Cher patient, c’est simple vous avez une blessure d’enfance, un œdipe non résolu quoi !

Ou alors au boulot :
– Vous avez affaire à une personnalité perverse narcissique ! (ils sont vraiment partout)

Ou bien encore :
– Vous avez des parents toxiques !

Et si nous n’avions aucune blessure d’enfance ? Et si nous n’avions pas de proches toxiques ? Et si nous nous débarrassions de ces rôles que nous aimons tellement jouer : celui du mari trompé, de l’amoureux brutalement éconduit, du collaborateur violenté, du client empoisonné, du citoyen maltraité. Surtout, si nous arrêtions de nous raconter des histoires. Ce stress, cette souffrance que nous aimons tant flatter, jour après jour. Nous ne sommes pas malades, nous ne sommes pas victimes. Nous ne sommes pas dans une prison : en fait nous sommes tellement libres, que nous sommes libres de nous faire croire que nous sommes dans une prison que les autres s’évertueraient à nous construire…Balivernes, réveillons-nous !

S’il y a une crise en ce moment, c’est bien celle de la responsabilité personnelle : elle fait peur et la plupart de nous la refusent. Et c’est un paradoxe, car foncièrement, profondément, nous sommes des personnes responsables, aptes à répondre à ce qui se présente à nous. Et si ça se présente à nous, c’est parce que c’est le meilleur moment.

Samuel Lepastier, dans un article de Libé en 2012, disait « s’affirmer stressé, c’est dénoncer un facteur extérieur à l’origine de son mal : travail, chômage, retraite, amis, maternité, stérilité, avortement, conjoint, enfants, parents, environnement, politiciens, climat, étrangers, et… rentrée », il est tellement plus facile de montrer du doigt des responsables que de se regarder soi-même dans un miroir, la réflexion de notre image pouvant nous indisposer très fortement…

Pourquoi et quand faire un bilan de compétences ?

connect-20333_640Le bilan de compétences est à la mode auprès des salariés et des entreprises. Dispositif créé au début des années 90, il est devenu au fil du temps un outil incontournable, même dans la controverse, aux finalités diverses et variées, pour les bénéficiaires comme pour les employeurs. [Read more…]

L’enfant intérieur blessé en nous

Avez-vous remarqué qu’on retrouve des profils types parmi collègues, amis, famille ? Celui qui aime se faire plaindre, celui qui manipule, celui qui est passif, celui qui voit les choses négativement, celui qui pense qu’il y a une solution à tout… Comment s’est constituée notre personnalité, pourquoi avons-nous des conduites répétitives, « bonnes » ou « mauvaises », une fois adulte dans notre vie de tous les jours ?212_2-e1404919891213

En fait, en grande partie, notre personnalité (du latin persona : le masque) s’est constituée sur nos expériences d’enfance, les milliers d’événements qui ont jalonné notre petite enfance principalement, qui ont façonné notre manière de voir les choses et d’y répondre. Pas facile de faire face à un environnement qui a menacé dès notre naissance le bien-être dans lequel nous baignions dans le ventre maternelle, époque qu’on compare souvent à un monde océanique, car aquatique et rassurant. Alors, survinrent des expériences désagréables comme la faim, la peur, la séparation, l’éloignement, le manque d’affection, la disparition, etc.  Ces expériences ont fait naître en nous des blessures de rejet, d’abandon, de non-reconnaissance, de maltraitance, d’injustice… [Read more…]

Vie professionnelle perdue et voie professionnelle retrouvée

L’expérience me montre que nous avons essentiellement, au minimum, deux vies professionnelles successives : la première, que peu parmi nous ont vraiment choisie, et qui finit par nous causer routine, ennui, voire dépression ; la deuxième, qui, si nous accordons assez d’importance à son embryon que nous avons en nous, nous promet de nous sortir de l’aliénation du travail, et d’apporter du sens à notre vie. [Read more…]